Imaginez-vous être enfermé dans un hôpital psychiatrique sans être réellement malade. Comment pourriez-vous prouver être sain ? C’est ce qu’ont vécu des étudiants en psychologie dans le cadre de l’expérience de Rosenthal, menée dans les années 1960.

L’expérience de Rosenthal : un miroir grossissant sur nos biais

En 1963, le psychologue Robert Rosenthal s’est intéressé à l’influence des attentes sur la perception de la normalité. Pour ce faire, il a placé des étudiants dans un hôpital psychiatrique en leur indiquant que certains patients étaient des “schizophrènes en pleine crise”. En réalité, seulement un tiers de ces patients étaient réellement malades. Les autres étaient des étudiants en psychologie simulant des symptômes.

Le résultat est saisissant. Les psychologues ont effectivement perçu les patients “étiquetés” comme schizophrènes comme étant plus perturbés et plus malades que les autres. Cependant, ces derniers ne présentaient aucun symptôme réel :

  • Perception exagérée des symptômes : Les psychologues ont décrit les patients “étiquetés” comme étant plus agités, plus bizarres et plus délirants que les autres. Même si leur comportement était identique. Ainsi, les psychologues décrivaient un patient “étiqueté” qui marchait de long en large dans sa chambre comme “agité” et “paranoïaque”. Pendant ce temps, un patient non étiqueté qui faisait la même chose a été décrit comme “se promenant pensivement”. Cette différence de perception s’explique par l’effet des attentes. Les psychologues s’attendaient à ce que les patients “étiquetés” soient agités et bizarres. De ce fait, ils ont interprété leur comportement en fonction de ces attentes.
  • Attribution de diagnostics plus graves : Les psychologues ont également attribué des diagnostics plus graves aux patients “étiquetés” et ont prédit qu’ils auraient un séjour plus long à l’hôpital. Cette tendance à exagérer la gravité de la maladie chez les patients “étiquetés” peut avoir des conséquences concrètes sur leur prise en charge et leur diagnostic.
  • Création de symptômes inexistants : Plus frappant encore, les psychologues ont même commencé à percevoir des symptômes inexistants chez les patients “étiquetés”. Ils ont par exemple rapporté que certains patients “étiquetés” murmuraient entre eux ou avaient des hallucinations, alors que ces symptômes n’étaient pas présents en réalité. Cette création de symptômes inexistants est un exemple frappant de la manière dont nos attentes peuvent influencer notre perception de la réalité.

Ces résultats démontrent l’influence puissante de nos attentes sur notre perception de la réalité. Lorsque nous nous attendons à ce qu’une personne se comporte d’une certaine manière, nous sommes plus susceptibles de percevoir son comportement en accord avec nos attentes. Même si ce n’est pas le cas.

L’expérience de Rosenthal et le concept de stigmatisation

L’expérience de Rosenthal met en lumière le concept de stigmatisation développé par Erving Goffman dans son ouvrage “Stigmate”. Le stigmate est une marque sociale qui discrédite un individu et le rejette de la société.

Rosenthal

Dans le cas de l’expérience de Rosenthal, les psychologues stigmatisaient les patients “étiquetés” comme schizophrènes. Ce stigmate a conduit à une perception biaisée de leur comportement et à une discrimination à leur encontre.

Les travaux de Goffman nous éclairent sur les conséquences néfastes du stigmate. Les individus stigmatisés sont victimes de préjugés, de discrimination et d’exclusion sociale. Ils peuvent également intérioriser le stigmate et développer une image négative d’eux-mêmes.

L’expérience de Rosenthal et ses implications

L’expérience de Rosenthal a des implications importantes pour notre compréhension de la normalité et de la folie. Elle nous montre comment la normalité est une construction sociale qui influence notre perception de la réalité.

La nécessité de remettre en question les normes et les valeurs sociales. L’expérience de Rosenthal nous montre que la normalité n’est pas objective, mais une construction sociale façonnée par nos biais cognitifs. Cette prise de conscience est essentielle pour lutter contre les stéréotypes et les discriminations. En effet, nos attentes peuvent influencer notre perception de la réalité et nous conduire à des conclusions erronées. Il est donc essentiel de se méfier de nos propres biais.

L’expérience de Rosenthal n’est pas un cas isolé. De nombreuses autres recherches ont montré l’influence de nos attentes et de nos biais sur notre perception du monde. Nous pouvons citer, entre autres, les travaux de Goffman ou l’expérience de Milgram.

La normalité semble être une illusion.